Le Piment

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Le piment est une plante fragile mais tenace. Il faut la soigner, la gâter et l’aimer; dès le mois de mai, elle pousse discrètement, le paysan alors se met à lui parler.

On arrache les herbes parasites dès que les deux feuilles natives jaillissent de terre et montrent leur nez au soleil. Les mauvaises herbes sont enlevées soigneusement par le paysan avec le pouce et l’index, centimètre par centimètre carré et cela pour l’entier de la parcelle cultivée. L’homme est en étroit contact avec ses cultures. Qui sait si le piment prend son piquant de l’homme?

Le piment à besoin d’eau et de soleil, donc de feu et d’eau.

Depuis les sommets, le berger et le maquisard contemplent les voiles rouges de soie éparpillés un peu partout dans la plaine. Le berger rêve au petit baluchon de sa fiancée, après les ébats amoureux. Le maquisard se souvient de la triste cellule du poste d’interrogatoire, il y est resté enfermé durant trois mois à la suite de quoi on l’avait jeté sur le tas d’ordures de la ville en le laissant pour mort; souvenirs des petites flaques de sang répandues dans sa cellule et qui scintillent à la faible lueur du soleil entrant par la petite lucarne…

Pour le paysan, arménien, les piments qui sèchent au soleil représentent son avenir: les courses annuelles de la fin d’année, les robes pour son épouse, les fromages qui seront échangés avec son ami kurde, nomade.

Il rêve des longues soirées passées chez les nomades. Des brochettes de viande épicées, habillées et colorées avec des herbes, des différentes variétés de piments et d’épices qu’il a cultivés, et qui sont rôties sur les braises. Le bois de feu est ramassé dans la forêt par les enfants.

Les femmes font du pain échkawa qui est fin comme la feuille du papier à lettre qui vient des pays lointains… Le pain et les brochettes de viande sont cuits en même temps. La brochette est ensuite enveloppée dans du pain et bien tenue d’une main; avec l’autre main, la viande est retirée de la tige.

Restée dans le pain, la viande est alors garnie d’herbes coupées et conservées dans un grand récipient. Chacun se sert des herbes à mettre dans son pain et saupoudre de sumac et de cumin. Le pain est ensuite roulé délicatement, pour devenir le tchomak, un rouleau de pain garni et prêt à être dégusté que l’on appelle en turc durum.

Les anciens disent que pour manger le tchomak il faut être debout, se tenir penché un peu vers l’avant et rentrer le ventre afin d’éviter de salir les vêtements avec le jus qui peut s’échapper malencontreusement. Le parfum qui se dégage embaume l’air d’un arôme vital et amoureux. Les invités et les enfants commencent le repas et, plus tard, le berger pose sa flûte « sans langue » et mange avec les femmes qui abandonnent leur planche à pétrir. La blancheur de la farine recouvrant la peau et les vêtements, blancheur mêlée à la sueur, tracent sur le visage des femmes un air sacré, qui fait penser à des anges adultères.

Toutefois, en amont du repas partagés, des saveurs et du rêve, les piments sont ramassés, séchés et moulus. Le moulin à piments est différent de celui à boulgour ou à farine: une pierre verticale roule dans la gorge d’une autre pierre plus large et horizontale. La pierre verticale passe sur les piments qui sont déchiquetés. Aujourd’hui, il existe des moulins modernes qui fonctionnent plus rapidement mais le relief du piment est ainsi oublié; ces moulins broient les piments avec des couteaux qui tournent sur eux même, le goût n’est pas le même. Les connaisseurs préfèrent les piments venant du moulin à pierre!

Le piment est une plante fragile mais tenace. Il faut la soigner, la gâter et l’aimer; dés le mois de mai, elle pousse discrètement, le paysan alors se met à lui parler.

On arrache les herbes parasites dès que les deux feuilles natives jaillissent de terre et montrent leur nez au soleil. Les mauvaises herbes sont enlevées soigneusement par le paysan avec le pouce et l’index, centimètre par centimètre carré et cela pour l’entier de la parcelle cultivée. L’homme est en étroit contact avec ses cultures. Qui sait si le piment prend son piquant de l’homme?

Le piment à besoin d’eau et de soleil, donc de feu et d’eau.

Depuis les sommets, le berger et le maquisard contemplent les voiles rouges de soie éparpillés un peu partout dans la plaine. Le berger rêve au petit baluchon de sa fiancée, après les ébats amoureux. Le maquisard se souvient de la triste cellule du poste d’interrogatoire, il y est resté enfermé durant trois mois à la suite de quoi on l’avait jeté sur le tas d’ordures de la ville en le laissant pour mort; souvenirs des petites flaques de sang répandues dans sa cellule et qui scintillent à la faible lueur du soleil entrant par la petite lucarne…

Pour le paysan, arménien, les piments qui sèchent au soleil représentent son avenir: les courses annuelles de la fin d’année, les robes pour son épouse, les fromages qui seront échangés avec son ami kurde, nomade.

Il rêve des longues soirées passées chez les nomades. Des brochettes de viande épicées, habillées et colorées avec des herbes, des différentes variétés de piments et d’épices qu’il a cultivés, et qui sont rôties sur les braises. Le bois de feu est ramassé dans la forêt par les enfants.

Les femmes font du pain échkawa qui est fin comme la feuille du papier à lettre qui vient des pays lointains… Le pain et les brochettes de viande sont cuits en même temps. La brochette est ensuite enveloppée dans du pain et bien tenue d’une main; avec l’autre main, la viande est retirée de la tige.

Restée dans le pain, la viande est alors garnie d’herbes coupées et conservées dans un grand récipient. Chacun se sert des herbes à mettre dans son pain et saupoudre de sumac et de cumin. Le pain est ensuite roulé délicatement, pour devenir le tchomak, un rouleau de pain garni et prêt à être dégusté que l’on appelle en turc durum.

Les anciens disent que pour manger le tchomak il faut être debout, se tenir penché un peu vers l’avant et rentrer le ventre afin d’éviter de salir les vêtements avec le jus qui peut s’échapper malencontreusement. Le parfum qui se dégage embaume l’air d’un arôme vital et amoureux. Les invités et les enfants commencent le repas et, plus tard, le berger pose sa flûte « sans langue » et mange avec les femmes qui abandonnent leur planche à pétrir. La blancheur de la farine recouvrant la peau et les vêtements, blancheur mêlée à la sueur, tracent sur le visage des femmes un air sacré, qui fait penser à des anges adultères.

Toutefois, en amont du repas partagés, des saveurs et du rêve, les piments sont ramassés, séchés et moulus. Le moulin à piments est différent de celui à boulgour ou à farine: une pierre verticale roule dans la gorge d’une autre pierre plus large et horizontale. La pierre verticale passe sur les piments qui sont déchiquetés. Aujourd’hui, il existe des moulins modernes qui fonctionnent plus rapidement mais le relief du piment est ainsi oublié; ces moulins broient les piments avec des couteaux qui tournent sur eux même, le goût n’est pas le même. Les connaisseurs préfèrent les piments venant du moulin à pierre!