Les raisins
Conte du poète mystique persan Rûmi (1207-1273), fondateur de l’ordre des derviches tourneurs

Devant la grande mosquée, quatre mendiants tendaient la main, lorsqu’un homme qui en sortait leur fit l’aumône.
« Prenez cette pièce et achetez-vous ce que bon vous semble ! leur dit-il.
– Je sais ce que nous allons faire, dit le premier qui était persan. Avec cet argent, nous achèterons de l’angour, que nous partagerons.
– Non, dit le second qui était arabe. Moi, je veux de l’inab.
– Pas question, dit le troisième qui était turc. Ni angour, ni inab, achetons de l’uzüm.
Le quatrième était grec, et il ne fut pas d’accord non plus.
– Moi, ce que je veux, c’est du stafil. »
Et leur dispute ne prit jamais fin.
Pourtant, sans le savoir, chacun dans sa langue réclamait la même chose : des raisins. Une belle grappe à se partager pour calmer leur faim et leur soif.