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Chapitre 1 : Présentation

Quoridor est un jeu abstrait moderne. Le principe existe depuis les années 1970, mais c’est la version de 1997, parue à la maison d’édition Gigamic, qui est la plus célèbre. C’est l’un des seuls jeux modernes qui a connu quelques tentatives (bien que peu fécondes jusqu’à aujourd’hui) de théorisations, preuve que, malgré sa simplicité apparente, quoridor est un jeu combinatoire très complexe. En outre, rares sont les jeux qui, malgré que l’on ne puisse manipuler qu’un seul pion, restent très intéressants et stratégiques. C’est sans doute un attrait suffisant pour se prendre de passion pour ce jeu !

Chapitre 2 : Les règles

Le plateau du quoridor est formé d’un carré de 81 cases (9×9). Chaque joueur possède un pion unique et dix barrières – toutefois, dès qu’une barrière est posée sur le jeu, elle n’appartient plus à un joueur en particulier, mais a le même effet sur les deux joueurs. Le but du jeu est d’atteindre, avant son adversaire, une case parmi celles se situant sur la ligne opposée.

La figure ci-dessous montre la position de départ. Chaque joueur commence par placer son pion sur la case centrale de la ligne la plus proche de lui. On tire au sort qui commence.

Quoridor 1
Figure 1

A son tour de jeu, chaque joueur a le choix entre deux alternatives :
– Avancer son pion sur une case adjacente à celle où il se trouve, dans la direction de son choix ;
– Poser une des dix barrières dont il dispose, sachant qu’il est interdit de franchir une barrière posée.
Le premier joueur à atteindre une case de l’autre côté du plateau est déclaré vainqueur.

Déplacement des pions

Les pions se déplacent d’une seule case, dans n’importe quelle direction, mais pas en diagonale. Un pion au milieu du jeu et sans obstacle à proximité a donc quatre possibilités de déplacement. Naturellement, une barrière est un obstacle infranchissable ; parfois, le nombre de possibilités de déplacement est donc limité à 3, 2, voire 1.

Toutefois, cela devient un petit peu plus compliqué lorsqu’il y a une barrière en travers de la route. Voyons un cas précis, selon que Violet ou Beige a le trait.

Lorsque deux joueurs sont côte à côte, il est possible de sauter par-dessus le pion adverse. Ici, si Violet a le trait, il a le choix d’aller à gauche ou à droite, ou d’avancer de deux cases (!) en sautant par-dessus le pion de Beige. Ici, il n’a naturellement pas le droit de reculer, puisqu’une barrière l’en empêche.

Quoridor 2
Figure 2

Par contre, dans la même situation, Beige ne peut pas sauter par-dessus Violet, puisque la même barrière l’empêche de passer. Ce faisant, une règle l’autorise à faire « comme si » il voulait sauter par-dessus, et à se poser sur une case adjacente, sur la gauche ou sur la droite. Exceptionnellement, cela lui permet donc d’aller en diagonale (!) et lui donne en tout cinq possibilités de déplacement.

Quoridor 3
Figure 3

A noter que ce n’est pas toujours un avantage d’avoir un plus large choix de déplacement.

La pose des barrières

En lieu et place d’avancer d’une case, un joueur peut décider de poser l’une de ses dix barrières. Une fois qu’une barrière est placée, elle empêche les deux joueurs de la franchir – peu importe qui l’a placée. Il n’y a alors plus aucun moyen de la déplacer : une barrière sur le jeu reste à l’emplacement choisi jusqu’à la fin de la partie.

Les barrières, comme illustré plus haut, se posent à cheval entre deux cases. Puisque la barrière est longue de deux cases, deux déplacements deviennent donc subitement impossibles. Par la suite, les barrières devront logiquement être placées de sorte de ne pas se chevaucher ; de plus, il est interdit de placer une barrière à cheval sur le bord du plateau. S’il n’y a pas suffisamment de place, il faut donc tout simplement jouer ailleurs (cela engendre des placements très tactiques).

Pour rejoindre la ligne opposée, les joueurs devront donc s’efforcer de contourner les barrières. Toutefois, il est strictement interdit d’empêcher un adversaire d’atteindre son but : on doit lui laisser au moins une possibilité de rejoindre la ligne opposée. Cependant, puisqu’on a tout à fait le droit de reculer, cela se fait parfois au prix d’un long détour…

Il peut arriver qu’un joueur ait déjà placé ses dix barrières. Il n’a alors plus le choix, et doit donc avancer à chaque coup (il est interdit de passer son tour). Le dernier joueur à posséder encore quelques barrières a alors un avantage non négligeable – pour autant qu’il ne soit pas déjà trop tard…

3 illustrations : les règles en un coup d’œil

Prenons deux fois la même situation de jeu, en donnant le trait tour à tour à Beige et à Violet. Les emplacements où les joueurs pourraient, dans cet exemple, poser leurs barrières, sont indiqués en bleu.

De prime abord, on pourrait penser que la partie est équilibrée. Beige n’a plus que 3 coups à effectuer, et Violet, 5, mais Beige n’a plus que 3 barrières à disposition, tandis que Violet en a encore 5 dans sa réserve.

Un débutant penserait peut-être à prolonger les trajets respectifs de Beige et de Violet en disposant leurs dernières barrières selon le modèle suivant, obligeant l’adversaire à faire un détour…

Quoridor 4
Figure 4

Mais ce serait de part et d’autre une grave erreur ! En effet, le coup suivant sera définitif, quoi qu’il en soit ! Et en voici la raison.

Réponse

La pose d’une barrière à l’emplacement marqué en bleu anéantit tous les espoirs de Violet…

Quoridor 5

On pourrait croire que Beige a effectué un coup interdit en empêchant Violet de rejoindre le bord opposé. Mais en réalité, il ne l’oblige qu’à faire un gigantesque détour !
A ce stade-là, Beige est toujours à 3 coups de l’arrivée, tandis que Violet en est maintenant à… 20 coups !

Réponse

Violet peut non seulement empêcher Beige d’accomplir ce forfait, mais il va aussi – et surtout – faire subir à Beige un détour encore plus énorme !

Quoridor 6

En effet, avec le coup suivant – la pose de la barrière marquée en bleu – c’est Beige qui devra faire un détour de… 24 cases ! En outre, une fois joué, ce coup empêche celui que Beige aurait pu faire s’il avait eu le trait : s’il le jouait, Violet ne pourrait plus rejoindre la ligne d’arrivée (Beige lui-même non plus, d’ailleurs).

Avec son nombre de barrières limitées, il est bien évidemment trop tard pour Beige de rattraper la situation.

On voit dans ces deux exemples que la pose des barrières est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît. Le nombre de possibilités au début de la partie est de 128 (8*8 horizontalement + 8*8 verticalement), et ce nombre reste longtemps très élevé durant une partie. D’autre part, il s’agit de donner à ses barrières un effet réellement efficace, et de ne pas trop les gaspiller, puisqu’il n’y a aucun moyen de les récupérer. Enfin, il faut bien sûr penser au tempo : poser une barrière juste avant son adversaire, comme on le voit dans cet exemple, peut s’avérer décisif.

Variante pour quatre joueurs

Si le jeu de quoridor se joue traditionnellement à deux, une boîte de jeu comporte quatre pions. Ainsi, il est possible de jouer à quatre, variante pour laquelle chaque joueur n’a que cinq barrières dans sa réserve. Les pions des deux autres sont placés, au début du jeu, sur la case du milieu des deux bords restants. La règle, quant à elle, reste la même : chaque joueur doit chercher à traverser le plateau jusqu’à la ligne située en face de sa case de départ.

Si les parties sont certes très amusantes, le facteur chance entre en jeu, et le gagnant est souvent le joueur qui aura été le moins sévèrement bloqué par ses adversaires. Par la force des choses, la variété des stratégies que l’on peut mettre en place est donc très nettement moindre.

Chapitre 3 : Se procurer un jeu de quoridor

Le quoridor est relativement compliqué à fabriquer, car si le plateau est carré et le mouvement des pions très simple, il faut imaginer un système de rainures pour pouvoir y glisser les barrières. A défaut de pouvoir tailler des rainures, on sera contraint de jouer en « 2D », en conceptualisant les barrières à l’aide de pièces choisies. Par contre, le jeu de quoridor se trouve généralement dans le commerce, à condition de se rendre dans une boutique spécialisée. On peut naturellement aussi en acheter un sur internet, à un prix indicatif de 32 euros sur le site de Gigamic.

Le plateau

Le plateau est en bois peint, de couleur assez sombre. Entre chacune des 81 cases d’1,5cm de côté, il faut laisser un espacement de 5mm pour glisser les barrières. Il faut donc avoir des outils appropriés pour former des rainures bien droites et assez profondes pour que les barrières tiennent « debout ».

Si l’on ne dispose pas du matériel adéquat, on fera simplement des cases un peu plus grandes (environ 2cm), sans laisser d’espace entre elles.

Les pions

Les pions que l’on achète sont en bois coloré, et les couleurs de base sont le beige et le violet. Des pions d’un autre jeu peuvent facilement faire l’affaire.

Les barrières

Les 20 barrières sont généralement en bois. Elles ont une longueur de 3,5cm au maximum (deux cases + un espace), pour une hauteur de 1,7cm (détail purement esthétique) et une épaisseur de 4mm (il faut pouvoir la glisser dans un espace). Si le plateau fabriqué ne permet pas de glisser les barrières, on préférera des bâtonnets ou des allumettes de même longueur, que l’on pourra placer entre deux cases.