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Chapitre 1 : présentation

Dans la culture indienne, le tigre est l’animal de toutes les légendes et de toutes les fascinations. Ce n’est pas étonnant, dès lors, que les habitants de la région l’ait pris pour en faire la figure centrale d’un de leur jeu favori. Appelé prosaïquement « jeu des tigres et des chèvres » en français, le nom original fait uniquement référence au plus majestueux des félidés : en effet, « bagh » signifie tigre. Quant au mot « chal » (prononcez « tchal »), il s’agit d’une forme du verbe aller. On pourrait donc traduire bagh chal par « tigre en mouvement » ou encore « la course du tigre », en référence au principe du jeu.

On sait peu de choses sur les origines du bagh chal, si ce n’est qu’il provient sûrement d’Asie du Sud. Aujourd’hui, il est certes joué en Inde, mais c’est surtout au Népal qu’il fait pleinement partie de la culture populaire – c’est pour beaucoup le jeu national du pays. Ainsi, il est difficile de se promener plus de 50m dans les petites ruelles du cœur de Katmandou sans voir ici où là un commerçant présentant ce jeu. Son originalité vient du fait qu’il est un représentant de la petite famille des jeux dits asymétriques. Cela signifie tout simplement que les deux joueurs n’ont pas le même but. Ainsi, il est possible d’être bon avec les tigres et mauvais avec les chèvres ; cela, évidemment, procure deux fois plus de plaisir à s’affronter.

Chapitre 2 : Les règles

Le plateau du bagh chal est composé de 25 cases, reliées entre elles par des droites selon un plan symétrique mais irrégulier. Il y a 24 pièces dans le jeu : 20 chèvres et 4 tigres. Les deux joueurs se répartissent les rôles : l’un ne pourra s’occuper que des tigres, l’autre, que des chèvres. Selon le rôle attribué, le but sera différent, de même que le mode de déplacement :

– Le but des tigres est de manger des chèvres. Les règles diffèrent selon les régions, mais en principe, on considère que s’ils parviennent à manger cinq chèvres, la partie s’arrête et les tigres ont gagné.
– Le but des chèvres est d’enfermer les tigres, c’est-à-dire de les empêcher d’effectuer le moindre mouvement. Sitôt l’opération réussie, la partie s’arrête et les chèvres ont gagné.

Le jeu se déroule en deux phases. Tout d’abord, les chèvres entrent sur le plateau et restent immobiles, tandis que les tigres se déplacent déjà – c’est la phase de placement. Ensuite, chacun se déplace à tour de rôle, jusqu’à ce que l’objectif d’un des deux joueurs soit réalisé. A noter que l’on ne joue pas dans les cases proprement dites, mais sur les intersections.

Phase 1 : le placement

Au début de la partie, les tigres sont déjà présents aux quatre coins du plateau (figure 1). Les chèvres commencent, et placent une de leurs représentantes sur une case (intersection) libre. Après chaque coup des chèvres, les tigres déplacent un de leurs représentants sur une case adjacente – c’est-à-dire reliée par une ligne.

Figure 1
Figure 1

Un tigre peut dévorer une chèvre en sautant par-dessus, pour autant qu’il y ait une case libre derrière et en ligne droite – exactement comme au jeu de dames.

S’il peut capturer une ou plusieurs chèvres durant la phase 1, il a naturellement le droit de le faire. Il ne peut par contre en aucun cas capturer plus d’une chèvre au cours d’un seul tour de jeu.

Phase 2 : le déplacement

A la fin de la phase de placement, chacun commence à se déplacer. Si aucune chèvre n’a été prise, il n’y a alors sur le plateau qu’une case de libre.

Une chèvre ne peut bien évidemment pas capturer de pion adverse, et doit donc se contenter de se déplacer d’une case à une autre, adjacente (reliée par un trait).

Ici, les tigres ont déjà dévoré deux chèvres, mais rien n’est perdu pour elles – bien au contraire ! Si c’est aux chèvres de jouer, elles ont partie gagnée, à condition de jouer le coup 1. Le tigre du milieu est alors condamné à descendre d’une case (coup 2), et les chèvres donnent le coup de grâce (coup 3).

Figure 2
Figure 2

La position avantageuse des chèvres vient du coin en haut à droite : cette zone leur est favorable, car aucun tigre n’y a accès, tandis que la chèvre du coin peut se déplacer en toute tranquillité ! Avec un tigre dans cette zone-là, les chèvres auraient du mal à gagner.

Figure 3

Si c’est aux tigres de jouer, la partie est a priori beaucoup plus indécise. Dans ce cas, le tigre dévore la chèvre marquée d’un X en sautant par-dessus. Cependant, ce n’est pas encore gagné pour les tigres, loin de là… en effet, si les chèvres ne font aucune erreur, elles gagneront à coup sûr une dizaine de coups plus tard ! Fort heureusement pour les tigres, une erreur, dans ce jeu, est extrêmement vite arrivée…

Figure 3
Figure 4

A noter que les tigres pourraient aussi manger une autre chèvre avec le tigre situé sur le coin en bas à droite (figure ci-contre). Toutefois, l’issue serait la même.

Figure 4

Cas particuliers

Les règles diffèrent selon les joueurs sur un point important : la répétition d’une position. Voici deux variante, ma préférence allant à la première :

– Soit on convient que la répétition d’une position est interdite, comme au jeu de go par exemple. Cela donne la possibilité à un des deux joueurs d’obliger l’adversaire à effectuer un coup immédiatement perdant.
– Soit on convient que s’il y a une position qui se répète, la partie est nulle (comme aux échecs, par exemple). Dans ce cas, l’un comme l’autre des
joueurs peuvent parfois se sortir in extremis d’une situation désespérée et forcer une partie nulle.

Enfin, dans de rares cas, il peut arriver que les chèvres elles-mêmes soit bloquées. Dans ce cas, selon toute logique, ce sont les tigres qui gagnent la partie.

Chapitre 3 : Se procurer un jeu de bagh chal

Ce jeu extrêmement populaire dans le sous-continent indien ne court pas les rues des villes occidentales. On peut bien sûr en trouver sur internet, pour une somme de quelques dizaines d’euros. Il faut dire que ce jeu est esthétique, puisque les figurines de chèvres et de tigres sont généralement fort bien ciselées. Mais il est aussi possible de fabriquer son propre jeu. Dans ce cas, si l’on ne souhaite pas passer du temps à fabriquer des figurines très ressemblantes, il suffira de se munir de pièces de deux couleurs différentes. Deux éléments entrent donc dans la composition de ce jeu : un plateau ligné et 24 pièces (4 tigres et 20 chèvres).

Le plateau

Le plateau est le plus souvent en bronze, mais on en voit également en bois laqué. Pour dessiner le plateau, il faut commencer par se munir d’une planche carrée d’environ 20cm de côté. Ensuite, il s’agit de dessiner un quadrillage de 5 lignes et 5 colonnes également espacées. Une fois ce travail terminé, il faut encore ajouter un carré en diagonale, rejoignant la case centrale de chaque côté – sans cela, la tâche est trop facile pour les chèvres !

Les pièces

Les pièces que l’on achète sont généralement en laiton, et les tigres sont parfois dorés. Mais le bois fonctionne tout aussi bien, et est plus agréable au toucher. Bien sûr, des jetons, des pions, des pièces de monnaie ou tout autre matériau suffisent à faire office de tigre et de chèvres ; il faut juste avoir 20 pièces semblables pour les chèvres, et 4 pour les tigres.